Social : les filets de sécurité sous tension
BloquéCe dossier ne peut pas avancer sans nouveau gouvernement.
Les CPAS bruxellois font face à un afflux de demandes lié à la réforme du chômage, les investissements bicommunautaires de la COCOM sont gelés, la politique sans-abri est à l'arrêt et les nouvelles initiatives en santé mentale sont bloquées. Iriscare fonctionne en mode minimal.
Les aides sociales à Bruxelles sont sous pression. La réforme du chômage pousse beaucoup de personnes vers les CPAS. Près de 10 000 personnes vivent sans logement.
Ce que ça signifie concrètement
Les investissements bicommunautaires de la COCOM sont gelés. Les CPAS font face à un afflux de demandes sans moyens supplémentaires. Les nouvelles initiatives en santé mentale et politique sans-abri sont à l'arrêt.
Chiffres clés
En affaires courantes
Financement COCOM
~47 000personnes
Bénéficiaires du RIS
Gelée
Politique sans-abri
0projets lancés
Santé mentale (nouvelles initiatives)
9 777
Personnes sans abri dénombrées
308 000+
Enfants recevant des allocations familiales
33millions EUR
Économies sur allocations familiales
Un secteur sous pression croissante
Le secteur social bruxellois est confronté à une convergence de crises : la réforme fédérale du chômage pousse des dizaines de milliers de personnes vers les CPAS, les investissements bicommunautaires de la COCOM sont gelés faute de gouvernement, et les besoins en matière de sans-abrisme et de santé mentale ne cessent d'augmenter.
La Commission communautaire commune (COCOM/GGC), compétente pour les matières bipersonnalisables à Bruxelles (aide sociale, santé, personnes âgées, handicap), fonctionne en affaires courantes depuis juin 2024. Son bras exécutif, Iriscare, continue ses missions de base mais ne peut lancer aucune initiative nouvelle.
Les CPAS sous pression
L'afflux lié à la réforme du chômage
La réforme fédérale du chômage, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, exclut des dizaines de milliers de Bruxellois des allocations de chômage. Ces personnes se tournent vers les CPAS pour obtenir le Revenu d'Intégration Sociale (RIS).
En 2024, environ 47 000 personnes percevaient le RIS en Région bruxelloise (source : IBSA / SPP Intégration sociale). Ce chiffre est en hausse structurelle.
Première vague : les chiffres réels (janvier 2026)
Les premiers chiffres d'impact de la réforme du chômage sur les CPAS bruxellois sont désormais disponibles. En janvier 2026, les CPAS ont enregistré 243 présentations de personnes ayant perdu leur droit aux allocations, dont 67 demandes de RIS approuvées. Ces chiffres, inférieurs aux projections les plus alarmistes, s'expliquent par un effet de latence : le vrai choc est attendu pour mars-avril 2026, lorsque les délais de carence et les recours seront épuisés.
La charge sur les communes
Les 19 CPAS bruxellois sont financés en partie par le fédéral (remboursement du RIS), en partie par les communes. La compensation fédérale est dégressive :
- 100 % la première année pour les nouveaux bénéficiaires issus du chômage
- 90 % la deuxième année
- 75 % à partir de la quatrième année
Cette dégressivité transfère progressivement la charge vers les communes, dont les budgets sont déjà contraints. Brulocalis estime que l'impact budgétaire pour les CPAS bruxellois pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions d'euros par an dès 2027.
Recrutements : une nuance importante
Les CPAS ont pu recruter 38 assistants sociaux et 14 agents administratifs supplémentaires grâce à des fonds fédéraux ciblés (compensation réforme chômage). Ce renfort est réel mais reste insuffisant au regard de l'afflux attendu : les CPAS estiment avoir besoin de 3 à 5 fois plus de personnel pour absorber le choc de mars 2026.
Ce que les CPAS ne peuvent pas faire
- Lancer des programmes d'insertion socioprofessionnelle structurels (compétence régionale)
- Adapter l'offre de services aux besoins croissants sans enveloppe budgétaire régionale nouvelle
Les investissements COCOM gelés
Le rôle de la COCOM
La Commission communautaire commune est l'institution bicommunautaire compétente pour les matières d'aide aux personnes et de santé à Bruxelles. Elle finance et régule :
- Les maisons de repos et de soins
- L'aide à domicile
- Les services de santé mentale
- La politique du sans-abrisme
- L'accueil de la petite enfance (volet bicommunautaire)
Ce qui est bloqué
En affaires courantes, la COCOM fonctionne en douzièmes provisoires. Concrètement :
- Pas de nouveaux agréments pour des services d'aide aux personnes
- Pas de refinancement des conventions pluriannuelles arrivées à échéance
- Pas de nouvelles places en maisons de repos, malgré le vieillissement de la population
- Pas d'extension des services de santé mentale ambulatoire
Iriscare, l'organisme d'intérêt public qui exécute la politique de la COCOM, continue de traiter les dossiers courants mais décrit la situation comme un « fonctionnement à capacité minimale ».
Les allocations familiales sous pression
308 000 enfants concernés
Les allocations familiales bruxelloises, gérées par la COCOM via l'opérateur public Famiris et trois opérateurs privés, concernent plus de 308 000 enfants en Région bruxelloise. Ce poste budgétaire est l'un des plus importants de la COCOM.
Des économies au détriment des familles
Face aux contraintes budgétaires liées aux affaires courantes, plusieurs mesures d'économie ont déjà été prises :
- Réduction permanente de 10 EUR/mois pour les enfants nés avant 2020
- Suppression du supplément de 12 EUR/mois qui était prévu pour 2026
- Total des économies réalisées : environ 33 millions EUR sur le dos des familles bruxelloises
La réforme de centralisation
En février 2026, une réforme vise à centraliser le paiement des allocations familiales vers un opérateur unique (Famiris), au lieu des quatre opérateurs actuels. L'objectif est une économie supplémentaire de 8 millions EUR par an grâce à la rationalisation administrative.
Cette réforme s'inscrit dans le contexte d'une « spending review » (revue des dépenses) menée par les négociateurs budgétaires bruxellois. Des organisations de la société civile ont écrit aux négociateurs pour demander la préservation des montants actuels et de leur indexation.
Sources : Le Soir (7 février 2026), BX1, Famiris.
La politique sans-abri à l'arrêt
Les chiffres
Le dernier dénombrement réalisé par Bruss'Help en novembre 2024 (8e édition) a recensé 9 777 personnes sans abri ou sans chez-soi à Bruxelles, soit une hausse de 24,5 % en deux ans. Ce chiffre est en hausse constante : il était de 5 313 en 2020 et de 7 134 en 2022.
Ce qui manque
Le plan de lutte contre le sans-abrisme nécessite des décisions politiques que le gouvernement en affaires courantes ne peut prendre :
- Housing First : pas d'extension du programme malgré des résultats probants
- Places d'hébergement d'urgence : le dispositif hivernal fonctionne, mais la pérennisation des places nécessite un engagement budgétaire pluriannuel
- Logements de transit : pas de nouvelles conventions entre la COCOM et les communes
- Coordination des acteurs : Bruss'Help assure la coordination opérationnelle, mais sans orientation politique nouvelle
La santé mentale : un besoin croissant sans réponse
La pandémie de COVID-19 a provoqué une hausse durable des besoins en santé mentale, particulièrement chez les jeunes et les personnes précarisées. Les services de santé mentale bruxellois sont saturés, avec des listes d'attente de plusieurs mois.
En affaires courantes :
- Aucune nouvelle initiative en santé mentale n'a pu être lancée depuis juin 2024
- Les Équipes mobiles de crise existantes continuent de fonctionner, mais sans renfort
- Le Réseau santé mentale Bruxelles n'a pas reçu de moyens supplémentaires
- Les conventions avec les hôpitaux pour les urgences psychiatriques n'ont pas été renouvelées
Ce qui continue de fonctionner
- Iriscare : gestion courante des agréments, paiements aux prestataires, inspections
- CPAS : attribution du RIS, aide sociale, accompagnement individuel
- Bruss'Help : coordination du secteur sans-abri, dénombrements, plan Hiver
- Services de santé mentale agréés : consultations dans les limites de leur capacité actuelle
- Dispositif hivernal : hébergement d'urgence pendant la période hivernale
Pourquoi c'est important
Le secteur social est le dernier filet de sécurité pour les Bruxellois les plus vulnérables. Quand la réforme du chômage exclut des dizaines de milliers de personnes, que le sans-abrisme augmente et que les besoins en santé mentale explosent, l'incapacité de la Région à prendre des décisions structurelles a un coût humain direct. Les CPAS, Iriscare et le secteur associatif absorbent les chocs avec les moyens existants, mais chaque mois sans gouvernement repousse les réponses structurelles dont Bruxelles a besoin.
Sources
- Iriscare — Rapport annuel 2024(consulté le 7 février 2026)
- Observatoire de la Santé et du Social — Baromètre social 2025(consulté le 7 février 2026)
- Brulocalis — Impact de la réforme du chômage sur les CPAS bruxellois (PDF)(consulté le 7 février 2026)
- COCOM/GGC — Budget et affaires courantes(consulté le 7 février 2026)
- Bruss'Help — Dénombrement des personnes sans abri (nov. 2024)(consulté le 7 février 2026)
- Fédération des CPAS bruxellois — Note de conjoncture sociale 2025(consulté le 7 février 2026)
- SPP Intégration sociale — Service fédéral(consulté le 7 février 2026)
- Le Soir — Réforme des allocations familiales bruxelloises (fév. 2026)(consulté le 7 février 2026)
- Famiris — Allocations familiales bruxelloises(consulté le 7 février 2026)
Dernière mise à jour : 8 février 2026
Ce que BGM ne dit pas
Cette fiche ne dit pas que les services sociaux ne fonctionnent plus — les CPAS et Iriscare continuent leur mission de base. Elle documente que les investissements nouveaux, les adaptations de capacité et les réformes structurelles sont impossibles en affaires courantes.
Pour aller plus loin
Changement identifié
Vérifiée le 8 févr. 2026
La vérification révèle un fait nouveau : une réforme des allocations familiales bruxelloises a été annoncée le 7 février 2026, avec des économies de 33 millions EUR. La carte Social a été mise à jour en conséquence.
Prochaine vérification prévue : 8 mars 2026
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