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Brussels Governance Monitor

Héritage gouvernemental : 20 mois sans gouvernement régional (2024–2026)

État des lieux par domaine de ce que la Région de Bruxelles-Capitale a hérité de 20 mois d'affaires courantes, de juin 2024 à février 2026. Contenu archivé — ces données ne seront plus mises à jour.

Juin 2024 — Février 2026

Cette page archive l'état des lieux de la Région de Bruxelles-Capitale au terme de 20 mois d'affaires courantes (juin 2024 — février 2026). Ce contenu a valeur historique : il ne sera plus mis à jour.

Budget

Ces données restent pertinentes comme contexte de départ et indicateurs de suivi des engagements pris.

Qu'est-ce que les douzièmes provisoires ?

Lorsqu'un gouvernement est en affaires courantes, il ne peut pas faire voter un nouveau budget par le Parlement. Le mécanisme des douzièmes provisoires s'applique : chaque mois, la Région peut dépenser au maximum 1/12e du dernier budget voté.

Concrètement, cela signifie :

  • Pas de nouvelles dépenses au-delà de ce qui était prévu dans le dernier budget (celui de 2024, voté avant les élections).
  • Pas de nouveaux programmes — tout projet qui n'était pas déjà budgétisé est bloqué.
  • L'inflation n'est pas compensée — si les prix augmentent, la valeur réelle des dépenses diminue mécaniquement.

L'impact concret

Érosion par l'inflation

Avec une inflation cumulée d'environ 6 % entre la conception du budget 2024 (Q4 2023) et début 2026 (base : indices Statbel), les douzièmes provisoires de 2026 achètent environ 6 % de moins que le budget initial de 2024. Les fonctionnaires reçoivent leur salaire indexé, mais les investissements et les subsides restent au niveau nominal de 2024.

Investissements gelés

Tout investissement qui nécessitait une décision politique nouvelle est à l'arrêt :

  • Pas de nouvelles enveloppes pour les Plans d'Aménagement Directeur (PAD)
  • Pas de refinancement des contrats de gestion arrivés à échéance
  • Pas de nouveaux appels à projets dans la plupart des administrations régionales

Économies déjà en place depuis le budget 2024

Avant même la DPR, des coupes linéaires différenciées avaient été imposées dans le budget 2024 (circulaire ministérielle du 7 décembre 2023). Ces réductions s'appliquaient aux 23 structures consolidées de la Région :

  • Personnel : -3 % (sauf personnel opérationnel STIB)
  • Fonctionnement : -5 %
  • Subsides facultatifs : -8 %
  • Investissements : -10 %

L'effort représentait environ 200 millions EUR d'économies sur le budget 2024. Cela met en perspective l'effort supplémentaire de 1,2 milliard EUR demandé par la DPR : les marges les plus accessibles ont déjà été mobilisées.

Source : RTBF, budget 2024 ; circulaire ministérielle du 07/12/2023.

La dette régionale en forte hausse

La Cour des comptes a émis un avis défavorable sur les comptes 2024 de la Région, relevant des « anomalies significatives ». La dette consolidée brute a triplé depuis 2016, passant de 4,6 à 15,65 milliards EUR. Les charges d'intérêts ont été multipliées par 4,4 : de 91 millions en 2016 à 399 millions EUR en 2024, avec une projection à 548 millions en 2029. Selon S&P Global Ratings, les charges d'intérêts atteignent 415 millions EUR par an en 2025. L'écart entre le déficit projeté (-1,080 Mrd) et le déficit réel (-1,515 Mrd) en 2024 était de 434,8 millions EUR.

Cette dynamique d'endettement s'explique en partie par la stagnation des recettes régionales. L'exode fiscal — le départ de résidents à revenus élevés vers le Brabant wallon et flamand — érode la base de l'impôt des personnes physiques (IPP), alors que les obligations liées à la fonction de capitale (infrastructures, services sociaux, navetteurs) continuent de croître. Selon l'IBSA (Focus n°73) et la BNB, le problème budgétaire bruxellois se situe davantage au niveau des recettes que des dépenses.

Le risque de shutdown évité de justesse

Fin 2025, Belfius — principal créancier de la Région — avait annoncé la fin de sa ligne de crédit au 1er janvier 2026. Le contrat a finalement été prolongé d'un an (50 millions EUR). Sans cette prolongation, la Région n'aurait plus été en mesure de payer ses fonctionnaires et de maintenir les services de base.

L'ampleur du resserrement financier est considérable : Belfius a retiré 500 millions EUR de lignes de crédit, et ING a laissé expirer 500 millions EUR supplémentaires au 1er janvier 2026. Au total, la Région a perdu environ 1 milliard EUR de capacité d'emprunt en quelques mois. S&P Global Ratings a confirmé le rating A de la Région en juin 2025, mais avec une perspective négative — un signal d'alerte pour les marchés financiers.

19 communes en difficulté

L'impact budgétaire se répercute sur les 19 communes bruxelloises, décrites comme étant en « lente agonie financière ». Sans gouvernement régional pour redistribuer les dotations et refinancer les mécanismes de solidarité, les communes les plus fragiles voient leurs marges se réduire. Les CPAS communaux, déjà sous pression par la réforme du chômage, absorbent une charge croissante sans moyens supplémentaires.

Subsides et conventions

Les conventions pluriannuelles entre la Région et les organismes subsidiés (associations, institutions culturelles, etc.) qui arrivent à échéance ne peuvent pas être renouvelées par un gouvernement en affaires courantes. Seuls les engagements existants avec base légale continuent.

L'objectif du conclave (février 2026)

Le conclave de formation ouvert le 10 février 2026 a fixé un cadre budgétaire ambitieux : un retour à l'équilibre à l'horizon 2029, impliquant environ 1 milliard d'euros d'économies à trouver sur plus de trois ans (~350 millions par an). Ce chiffre illustre l'ampleur du redressement nécessaire, dans un contexte où la dette a triplé et où les charges d'intérêts continuent de croître.

Sources et méthodologie

Les chiffres budgétaires proviennent des documents officiels du Parlement bruxellois et des rapports de la Cour des comptes. L'estimation de la perte réelle liée à l'inflation est calculée par BGM sur base des indices de prix à la consommation publiés par Statbel et la Banque Nationale de Belgique. Cette estimation utilise l'hypothèse simplificatrice d'un budget nominal constant, ce qui sous-estime l'impact réel (certains postes comme les salaires sont indexés automatiquement, ce qui réduit d'autant les marges pour les autres dépenses).

Logement

Un marché sous tension extrême

Le logement à Bruxelles est en crise structurelle depuis des années. L'absence de gouvernement régional depuis juin 2024 a transformé une situation difficile en impasse : aucun nouveau programme ne peut être lancé, aucun investissement majeur décidé, aucune réforme adoptée.

La liste d'attente historique

Fin 2025, 62 234 ménages sont inscrits sur la liste d'attente d'un logement social — un record absolu. C'est 10 % de tous les ménages bruxellois. Le délai moyen d'attente est de 9 à 13 ans selon le type de logement demandé.

Le parc social bruxellois compte environ 42 000 logements, gérés par 16 Sociétés Immobilières de Service Public (SISP). Le ratio est simple : il y a plus de ménages en attente que de logements existants.

L'écart de loyers

Le fossé entre le marché social et le marché privé illustre l'urgence :

  • Loyer social moyen : 412 €/mois (fin 2024)
  • Loyer privé moyen : 1 376 €/mois (contrats 2025, +3,7 % sur un an, source Federia). Aucune commune bruxelloise n'affiche un loyer moyen inférieur à 1 000 €
  • Pour un appartement 1 chambre : ~1 110 €/mois début 2026

La moitié des ménages bruxellois remplissent les conditions d'accès au logement social. L'offre ne couvre qu'une fraction de la demande.

Un marché locatif qui se grippe

Selon le Baromètre des locations 2025 de Federia (publié le 11 février 2026, basé sur ~70 000 baux), le nombre de nouveaux contrats locatifs signés via agences a baissé de 10 % en 2024 malgré une forte demande. Le loyer médian des appartements a atteint 1 213 €/mois, en hausse de 28 % depuis 2021 (950 €). Federia pointe un « désengagement progressif des investisseurs privés » qui réduit l'offre de logements abordables.

Le marché locatif bruxellois, composé à environ 90 % d'appartements, montre des signes de blocage structurel : les propriétaires hésitent à relouer face à l'incertitude réglementaire (contrôle des loyers, grille obsolète), tandis que les locataires restent en place faute d'alternative abordable. Trouver un logement sous 1 000 €/mois est devenu « rare » à Bruxelles, y compris pour les studios et 1 chambre.

Le surpeuplement, un indicateur silencieux

31 % des Bruxellois vivent dans un logement surpeuplé (nombre de pièces insuffisant par rapport à la taille du ménage), contre 5,7 % en moyenne en Belgique. Bruxelles est la région la plus surpeuplée du pays. Ce chiffre, stable depuis plusieurs années, reflète un déficit structurel de logements abordables de taille adaptée.

Les prix à l'achat

Le marché acquisitif bruxellois est tout aussi tendu. Selon Statbel (T3 2025) :

  • Appartement (médian) : 274 550 € à Bruxelles, contre 255 000 € en Belgique (+2,9 % sur un an)
  • Maison mitoyenne (médian) : 525 000 €, contre 280 000 € en Belgique — soit 87 % au-dessus de la moyenne nationale
  • Maison individuelle (médian) : 1 112 500 €, contre 390 000 € en Belgique

L'accès à la propriété est d'autant plus difficile que 60 % des ménages bruxellois sont locataires (contre 30 % en moyenne belge) et que le Fonds du Logement, principal outil de crédit social, a suspendu ses prêts d'acquisition.

Le contrôle des loyers (mai 2025)

Depuis le 1er mai 2025, le Code bruxellois du Logement impose un cadre de référence pour les loyers. Tout loyer dépassant de plus de 20 % le loyer de référence calculé via la grille officielle (loyers.brussels) est présumé abusif, la charge de la preuve incombant au bailleur.

Cependant, la grille de référence est basée sur des enquêtes de 2017 à 2020, ce qui la rend obsolète : selon une analyse de Brussels Signal, plus de 50 % des baux actuels dépasseraient le seuil et seraient techniquement « abusifs » en raison du décalage entre les loyers réels et la grille dépassée.

Le Fonds du Logement à l'arrêt

Le 1er juillet 2025, le Fonds du Logement a suspendu toutes les nouvelles demandes de crédit. Le gouvernement en affaires courantes a refusé un prêt de 50 millions d'euros, le ministre du Budget Sven Gatz invoquant le refus d'augmenter l'endettement bruxellois.

Services suspendus puis partiellement repris

Le 1er juillet 2025, tous les crédits ont été suspendus. Depuis le 2 janvier 2026, les crédits Ecoreno (rénovation énergétique) ont été rouverts grâce à un refinancement ciblé. Restent suspendus jusqu'au 31 mars 2026 au minimum :

  • Crédits hypothécaires d'acquisition
  • Crédits à la consommation ECORENO
  • Crédits d'investissement pour copropriétés

~50 000 ménages bruxellois en attente d'un logement à prix modéré sont directement affectés. Une vingtaine d'employés du département crédit ont été mis en chômage technique.

La pression bancaire

En novembre 2024, Belfius a retiré une ligne de crédit de 500 millions d'euros au Fonds du Logement. D'autres banques ont refusé des appels d'offres pour « envoyer un signal aux politiques bruxellois ». Le risque de crédit du Fonds n'a pas changé — la pression est politique.

Les allocations loyer en retard

En décembre 2024, environ 6 000 bénéficiaires n'ont pas reçu leur allocation loyer à temps. Cause : aucun ajustement budgétaire n'avait été préparé depuis mai 2024 (année électorale). Les coffres étaient vides. Les paiements ont finalement été effectués début janvier 2025 grâce aux douzièmes provisoires.

Ce qui a été fait malgré tout

  • 2 000 nouveaux logements sociaux livrés entre 2020 et 2024
  • 7 500 logements rénovés sur la même période
  • 2 327 familles installées dans un logement social en 2024
  • 2 milliards d'euros investis dans le logement social 2020-2024
  • La réforme du bail (Code du Logement) est entrée en vigueur le 1er novembre 2024, adoptée avant les élections

Ce qui est bloqué

  • Alliance Habitat : nouvelles phases gelées (objectif initial : 6 720 nouveaux logements publics pour 953 millions €)
  • Nouveaux projets de construction : en attente même avec permis obtenus
  • Réforme de l'allocation loyer : pas de refonte structurelle possible
  • PAD (Plans d'Aménagement Directeur) : Gare du Midi, Heysel gelés
  • SLRB endettée à hauteur de 195 millions EUR, contrainte de mettre en vente les sites Ariane et Palais (~52 millions EUR), y compris des projets quasi terminés

Pourquoi c'est important

Le logement est le premier poste de dépense des ménages bruxellois. Quand 10 % de la population attend un logement social et que le principal outil de financement est à l'arrêt, chaque mois sans gouvernement aggrave une dette sociale qui mettra des années à résorber.

Emploi

La double crise

Bruxelles fait face à une situation inédite : la plus grande réforme fédérale du chômage depuis des décennies arrive au moment précis où la Région est incapable de déployer une réponse politique structurelle.

Bruxelles, lanterne rouge de l'emploi en Belgique

Les chiffres de l'enquête sur les forces de travail (Statbel, T3 2025) confirment l'ampleur de l'écart structurel :

  • Taux de chômage (OIT) : 13,1 % à Bruxelles, contre 7,9 % en Wallonie et 4,5 % en Flandre. La Région a un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale (6,5 %).
  • Taux d'emploi (20-64 ans) : 64,9 % à Bruxelles, contre 68,6 % en Wallonie et 76,5 % en Flandre. C'est le taux le plus bas des trois Régions, à près de 8 points sous la moyenne nationale (72,7 %).

Ces chiffres OIT, basés sur une méthodologie internationale, sont complémentaires du taux administratif d'Actiris (15,4 %). La différence s'explique par les critères : l'OIT compte comme chômeur toute personne sans emploi recherchant activement du travail, tandis qu'Actiris comptabilise les inscrits comme demandeurs d'emploi.

La réforme fédérale du chômage

Depuis le 1er janvier 2026, la réforme adoptée par le gouvernement fédéral limite la durée des allocations de chômage à 24 mois maximum. Les principales mesures :

  • Stage d'insertion professionnelle réduit de 12 à 6 mois
  • Allocations d'insertion limitées à 12 mois (contre 36 mois auparavant)
  • Exclusion massive : selon Actiris, 42 000 Bruxellois seront exclus entre janvier 2026 et juillet 2027, dont 36 000 durant les sept premiers mois

Les communes les plus touchées : Bruxelles-Ville (7 825 exclusions), Schaerbeek (4 761), Anderlecht (4 604), Molenbeek (4 048). À Saint-Josse, Molenbeek et Saint-Gilles, près de 4 % de la population est concernée.

L'incapacité régionale de répondre (juin 2024 — février 2026)

Durant la période d'affaires courantes, le gouvernement bruxellois ne pouvait pas :

  • Lancer de nouveaux programmes d'emploi structurels
  • Créer la Task Force Emploi réclamée par Brupartners pour mobiliser tous les acteurs bruxellois
  • Voter un vrai budget permettant d'augmenter les moyens d'Actiris et de Bruxelles Formation
  • Adopter de nouvelles ordonnances en matière d'emploi ou de formation

Ce qui a été fait malgré tout

Le gouvernement en affaires courantes a adopté en juillet 2025 un plan d'action en 7 mesures pour préparer la réforme :

  1. Simplification du contrôle de disponibilité
  2. Accompagnement individuel renforcé
  3. Généralisation des bilans de compétences
  4. Orientation accrue vers les métiers en pénurie
  5. Révision des aides à l'emploi
  6. Modularisation des formations
  7. Incitation aux études dans les secteurs porteurs

Ces mesures, opérationnelles à partir du 1er mars 2026, représentent ce qu'un gouvernement en affaires courantes peut faire — mais restent en deçà de la réponse structurelle que les partenaires sociaux jugent nécessaire.

La 5e vague ONEM (14 février 2026)

L'ONEM a envoyé environ 36 000 courriers supplémentaires le 14 février 2026, informant les bénéficiaires d'une fin de droit entre juillet 2026 et juillet 2027. Au total, la réforme touchera 168 063 personnes au niveau national, dont 22,1 % à Bruxelles (~37 000 personnes).

La Cour des comptes a publié un rapport critique sur la compensation prévue pour les CPAS : le coût total estimé atteint 709,3M EUR d'ici 2029 au niveau national, jugé sous-estimé par rapport aux prévisions fédérales. La compensation dégressive (100 % la première année, 75 % la quatrième) laissera un déficit croissant à charge des communes.

La 4e vague ONEM

En janvier 2026, l'ONEM a envoyé 7 654 courriers (art. 63) aux demandeurs d'emploi bruxellois, les informant d'une fin de droit aux allocations d'insertion au 1er juillet 2026. Actiris se prépare à absorber un afflux massif de réinscriptions dès mars 2026, en anticipation du basculement.

Par ailleurs, le contrôle renforcé des jeunes de moins de 25 ans entre en vigueur le 1er mars 2026 : les jeunes en stage d'insertion devront démontrer une recherche active d'emploi sous peine de suspension anticipée.

Janvier 2026 : l'accélération

Les chiffres d'Actiris de janvier 2026 confirment la tendance haussière : 98 458 demandeurs d'emploi inoccupés (DEI), soit une hausse de 7,3 % sur un an. C'est le chiffre le plus élevé depuis la sortie de la crise COVID.

En parallèle, les faillites en Région bruxelloise ont atteint 2 184 en 2025, en hausse de 13,6 % sur un an (source : Statbel). Au niveau national, 30 000 pertes d'emploi nettes ont été enregistrées — le chiffre le plus élevé depuis 11 ans.

Le dialogue social bloqué

Brupartners, l'instance principale de concertation socio-économique en Région bruxelloise, réunit les trois syndicats interprofessionnels — FGTB (6 sièges), CSC (6 sièges) et CGSLB (3 sièges) — aux côtés des organisations patronales (BECI, UCM) et du secteur non-marchand (BRUXEO).

En juin 2025, marquant un an sans gouvernement, Brupartners a identifié 10 mesures urgentes, dont une « Task Force Emploi » pour répondre aux impacts de la réforme. Malgré le Sommet social de 2025, le dialogue entre partenaires sociaux et gouvernement reste structurellement limité : les avis de Brupartners ne trouvent pas d'interlocuteur habilité à légiférer.

Ce qui continue de fonctionner

  • Actiris : inscription, accompagnement, matching, statistiques mensuelles
  • Bruxelles Formation et VDAB Brussel : formations existantes maintenues
  • Contrat d'insertion : programme existant pour les jeunes de moins de 25 ans
  • Garantie pour la Jeunesse : engagement d'Actiris auprès des jeunes demandeurs d'emploi

L'impact sur les CPAS

Les personnes exclues des allocations de chômage se tourneront vers les CPAS pour obtenir le Revenu d'Intégration Sociale (RIS). Fin 2025, 20 038 demandeurs d'emploi bruxellois (20,7 %) étaient déjà inscrits au CPAS. La compensation fédérale est dégressive : 100 % la première année, 75 % la quatrième. Les CPAS bruxellois décrivent la situation comme « le calme avant la tempête ».

Pourquoi c'est important

L'emploi est le premier déterminant de la qualité de vie. Avec un taux de chômage de 15,4 % (déc. 2025) — le plus élevé des trois Régions belges — et une réforme fédérale qui exclut 42 000 personnes sur 18 mois (estimation Actiris), Bruxelles a besoin d'une réponse politique régionale forte. La DPR fixe un objectif ambitieux de 70 % de taux d'emploi — la mise en œuvre devra être suivie.

Social

Un secteur sous pression croissante

Le secteur social bruxellois est confronté à une convergence de crises : la réforme fédérale du chômage pousse des dizaines de milliers de personnes vers les CPAS, les investissements bicommunautaires de la COCOM sont gelés faute de gouvernement, et les besoins en matière de sans-abrisme et de santé mentale ne cessent d'augmenter.

La pauvreté à Bruxelles : les chiffres StatBel

Selon l'enquête EU-SILC 2025 (Statbel), 37,3 % des Bruxellois sont en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale (indicateur AROPE), soit plus du double de la moyenne nationale (16,5 %). C'est le taux le plus élevé de toutes les régions belges.

La précarité se traduit aussi dans la vie quotidienne : 38,3 % des Bruxellois déclarent ne pas être en mesure de faire face à une dépense imprévue de 1 100 €, contre 31,4 % en Wallonie et 13,2 % en Flandre. Le seuil de pauvreté est fixé à 1 565 €/mois pour une personne isolée et 3 287 €/mois pour un ménage de 2 adultes et 2 enfants.

Avec 1 255 795 habitants (1er janvier 2025) et une densité de ~7 700 habitants/km², Bruxelles concentre les défis sociaux de la plus grande agglomération du pays dans un espace restreint. C'est la seule région belge où le solde naturel reste positif (+5 330), mais l'exode interne vers la Flandre et la Wallonie (-17 993) témoigne d'un départ structurel des ménages disposant de plus de moyens.

La Commission communautaire commune (COCOM/GGC), compétente pour les matières bipersonnalisables à Bruxelles (aide sociale, santé, personnes âgées, handicap), fonctionne en affaires courantes depuis juin 2024. Son bras exécutif, Iriscare, continue ses missions de base mais ne peut lancer aucune initiative nouvelle.

Les CPAS sous pression

L'afflux lié à la réforme du chômage

La réforme fédérale du chômage, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, exclut des dizaines de milliers de Bruxellois des allocations de chômage. Ces personnes se tournent vers les CPAS pour obtenir le Revenu d'Intégration Sociale (RIS).

En 2024, environ 47 000 personnes percevaient le RIS en Région bruxelloise (source : IBSA / SPP Intégration sociale). Ce chiffre est en hausse structurelle.

Première vague : les chiffres réels (janvier 2026)

Les premiers chiffres d'impact de la réforme du chômage sur les CPAS bruxellois sont désormais disponibles. En janvier 2026, les CPAS ont enregistré 243 présentations de personnes ayant perdu leur droit aux allocations, dont 67 demandes de RIS approuvées. Ces chiffres, inférieurs aux projections les plus alarmistes, s'expliquent par un effet de latence : le vrai choc est attendu pour mars-avril 2026, lorsque les délais de carence et les recours seront épuisés.

La charge sur les communes

Les 19 CPAS bruxellois sont financés en partie par le fédéral (remboursement du RIS), en partie par les communes. La compensation fédérale est dégressive :

  • 100 % la première année pour les nouveaux bénéficiaires issus du chômage
  • 90 % la deuxième année
  • 75 % à partir de la quatrième année

Cette dégressivité transfère progressivement la charge vers les communes, dont les budgets sont déjà contraints. Brulocalis et la RTBF estiment que le coût cumulé de la réforme du chômage pour les CPAS belges dépasse 1 milliard EUR. Pour les 19 CPAS bruxellois, l'impact pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions d'euros par an dès 2027.

Recrutements : une nuance importante

Les CPAS ont pu recruter 38 assistants sociaux et 14 agents administratifs supplémentaires grâce à des fonds fédéraux ciblés (compensation réforme chômage). Ce renfort est réel mais reste insuffisant au regard de l'afflux attendu : les CPAS estiment avoir besoin de 3 à 5 fois plus de personnel pour absorber le choc de mars 2026.

Ce que les CPAS ne peuvent pas faire

  • Lancer des programmes d'insertion socioprofessionnelle structurels (compétence régionale)
  • Adapter l'offre de services aux besoins croissants sans enveloppe budgétaire régionale nouvelle

Les investissements COCOM gelés

Le rôle de la COCOM

La Commission communautaire commune est l'institution bicommunautaire compétente pour les matières d'aide aux personnes et de santé à Bruxelles. Elle finance et régule :

  • Les maisons de repos et de soins
  • L'aide à domicile
  • Les services de santé mentale
  • La politique du sans-abrisme
  • L'accueil de la petite enfance (volet bicommunautaire)

Ce qui est bloqué

En affaires courantes, la COCOM fonctionne en douzièmes provisoires. Concrètement :

  • Pas de nouveaux agréments pour des services d'aide aux personnes
  • Pas de refinancement des conventions pluriannuelles arrivées à échéance
  • Pas de nouvelles places en maisons de repos, malgré le vieillissement de la population
  • Pas d'extension des services de santé mentale ambulatoire

Iriscare, l'organisme d'intérêt public qui exécute la politique de la COCOM, continue de traiter les dossiers courants mais décrit la situation comme un « fonctionnement à capacité minimale ».

Les allocations familiales sous pression

308 000 enfants concernés

Les allocations familiales bruxelloises, gérées par la COCOM via l'opérateur public Famiris et trois opérateurs privés, concernent plus de 308 000 enfants en Région bruxelloise. Ce poste budgétaire est l'un des plus importants de la COCOM.

Des économies au détriment des familles

Face aux contraintes budgétaires liées aux affaires courantes, plusieurs mesures d'économie ont déjà été prises :

  • Réduction permanente de 10 EUR/mois pour les enfants nés avant 2020
  • Suppression du supplément de 12 EUR/mois qui était prévu pour 2026
  • Total des économies réalisées : environ 33 millions EUR sur le dos des familles bruxelloises

La réforme de centralisation

En février 2026, une réforme vise à centraliser le paiement des allocations familiales vers un opérateur unique (Famiris), au lieu des quatre opérateurs actuels. L'objectif est une économie supplémentaire de 8 millions EUR par an grâce à la rationalisation administrative.

Cette réforme s'inscrit dans le contexte d'une « spending review » (revue des dépenses) menée par les négociateurs budgétaires bruxellois. Des organisations de la société civile ont écrit aux négociateurs pour demander la préservation des montants actuels et de leur indexation.

Sources : Le Soir (7 février 2026), BX1, Famiris.

La politique sans-abri à l'arrêt

Les chiffres

Le dernier dénombrement réalisé par Bruss'Help en novembre 2024 (8e édition) a recensé 9 777 personnes sans abri ou sans chez-soi à Bruxelles, soit une hausse de 24,5 % en deux ans. Ce chiffre est en hausse constante : il était de 5 313 en 2020 et de 7 134 en 2022.

Les enfants : une urgence signalée

Le 19 février 2026, le Kinderrechtencommissariaat (KRC, commissaire flamand aux droits de l'enfant) et le Délégué général aux droits de l'enfant (DGDE, homologue francophone) ont lancé une alerte conjointe : 1 678 mineurs figurent parmi les 9 777 personnes sans abri dénombrées en novembre 2024, soit 17,2 % du total. Plus de 1 000 enfants dorment régulièrement dans la rue à Bruxelles.

Ce chiffre a augmenté de 72 % depuis 2020. Le Samusocial rapporte 127 refus d'hébergement par semaine pour des familles depuis octobre 2025. Le dispositif hivernal, qui offre 285 places familiales, ferme le 31 mars 2026 — sans solution de remplacement identifiée.

Le KRC et le DGDE demandent le maintien de l'hébergement hivernal aussi longtemps que nécessaire, la préservation des 245 places familiales menacées, et la garantie qu'aucun enfant ne soit contraint de dormir dehors.

Ce qui manque

Le plan de lutte contre le sans-abrisme nécessite des décisions politiques que le gouvernement en affaires courantes ne peut prendre :

  • Housing First : pas d'extension du programme malgré des résultats probants
  • Places d'hébergement d'urgence : le dispositif hivernal fonctionne, mais la pérennisation des places nécessite un engagement budgétaire pluriannuel
  • Logements de transit : pas de nouvelles conventions entre la COCOM et les communes
  • Coordination des acteurs : Bruss'Help assure la coordination opérationnelle, mais sans orientation politique nouvelle

Les services de terrain sous pression

Maraudes sanitaires menacées

Les maraudes sanitaires de nuit — équipes mobiles qui vont à la rencontre des personnes sans-abri pour fournir des soins de première ligne — sont menacées de suspension. Le budget de fonctionnement n'a pas été renouvelé dans le cadre des affaires courantes. Ces maraudes sont souvent le seul contact médical pour les personnes les plus vulnérables.

Le centre médical Athéna ferme

Après 10 ans d'activité, le centre médical Athéna (consultations gratuites pour personnes sans couverture) a fermé ses portes début février 2026, faute de financement structurel. Ce centre accueillait des personnes sans papiers, des demandeurs d'asile et des Bruxellois en situation de grande précarité.

La pauvreté au travail

Selon Vivalis (Baromètre social bruxellois), 9,6 % des travailleurs bruxellois vivent sous le seuil de pauvreté malgré un emploi, contre 4,7 % en moyenne nationale. Ce taux, plus du double de la moyenne belge, reflète la concentration à Bruxelles d'emplois précaires, à temps partiel et faiblement rémunérés.

La santé mentale : un besoin croissant sans réponse

La pandémie de COVID-19 a provoqué une hausse durable des besoins en santé mentale, particulièrement chez les jeunes et les personnes précarisées. Les services de santé mentale bruxellois sont saturés, avec des listes d'attente de plusieurs mois.

En affaires courantes :

  • Aucune nouvelle initiative en santé mentale n'a pu être lancée depuis juin 2024
  • Les Équipes mobiles de crise existantes continuent de fonctionner, mais sans renfort
  • Le Réseau santé mentale Bruxelles n'a pas reçu de moyens supplémentaires
  • Les conventions avec les hôpitaux pour les urgences psychiatriques n'ont pas été renouvelées

Ce qui continue de fonctionner

  • Iriscare : gestion courante des agréments, paiements aux prestataires, inspections
  • CPAS : attribution du RIS, aide sociale, accompagnement individuel
  • Bruss'Help : coordination du secteur sans-abri, dénombrements, plan Hiver
  • Services de santé mentale agréés : consultations dans les limites de leur capacité actuelle
  • Dispositif hivernal : hébergement d'urgence pendant la période hivernale

Pourquoi c'est important

Le secteur social est le dernier filet de sécurité pour les Bruxellois les plus vulnérables. Quand la réforme du chômage exclut des dizaines de milliers de personnes, que le sans-abrisme augmente et que les besoins en santé mentale explosent, l'incapacité de la Région à prendre des décisions structurelles a un coût humain direct. Les CPAS, Iriscare et le secteur associatif absorbent les chocs avec les moyens existants, mais chaque mois sans gouvernement repousse les réponses structurelles dont Bruxelles a besoin.

Mobilité

Ce qui était bloqué

Metro 3 — Ligne Nord-Sud

Le projet Metro 3 vise à créer une nouvelle ligne de métro reliant le nord de Bruxelles (Bordet) au sud (Albert). Le coût total du projet est désormais estimé à 4,6 milliards EUR. Les premières phases (pré-métro existant vers métro complet entre Albert et Gare du Nord) sont en cours, soutenues par un prêt de 475 millions EUR de la Banque européenne d'investissement (BEI).

En revanche, une commission spéciale du Parlement bruxellois (fin 2025) a révélé un dépassement budgétaire de 255 % par rapport au budget initial, avec un horizon de livraison repoussé à 2034 au plus tôt.

De plus, le Conseil d'État a suspendu le permis d'urbanisme autorisant la déconstruction-reconstruction du Palais du Midi (arrêt du 18 décembre 2025). La Région avait violé les règles de protection du patrimoine en accordant le permis avant l'évaluation patrimoniale. Les travaux prévus pour février 2026 ne peuvent pas démarrer. Le dossier est porté par l'ARAU et Inter-Environnement Bruxelles.

L'extension vers Bordet (la partie la plus ambitieuse) nécessite des décisions politiques nouvelles :

  • Réévaluation du budget global et de la soutenabilité financière
  • Approbation du tracé définitif au nord de Schaerbeek
  • Coordination avec les Plans d'Aménagement Directeur (PAD)

Sans gouvernement de plein exercice, ces décisions ne peuvent pas être prises.

Viaduc des Trois Fontaines

Bruxelles Mobilité a déposé un permis d'urbanisme pour le réaménagement sous le viaduc des Trois Fontaines (Auderghem), prévoyant la suppression de 60 places de parking et l'aménagement d'un système de drainage pour le Rouge-Cloître.

La commune d'Auderghem s'oppose au projet, exigeant son intégration dans le PAD Hermann-Debroux (qui prévoit un parking-relais P+R à 40 millions EUR et un prolongement de tram jamais financés). L'enquête publique se tient du 2 au 31 mars 2026, avec une réunion d'information le 3 mars à 20h.

Tunnels routiers — le cas Loi-Belliard

Bruxelles compte plus de 30 tunnels routiers, dont plusieurs nécessitent des rénovations majeures. Le cas le plus emblématique est le tunnel Loi-Belliard : les permis d'urbanisme ont été obtenus, le budget de 161 millions EUR est identifié, mais le chantier ne peut pas démarrer en l'absence d'un gouvernement de plein exercice pour engager la dépense.

Les tunnels Stéphanie et Bailli figurent également parmi les priorités. La maintenance courante continue (assurée par l'administration), mais les grands projets de rénovation structurelle nécessitent :

  • Un engagement budgétaire pluriannuel (enveloppes de plusieurs dizaines de millions d'euros par tunnel)
  • Un choix politique sur les priorités
  • Souvent, une coordination avec d'autres projets (Good Move, aménagements cyclables)

Good Move — Plan régional de mobilité

Good Move est le plan régional de mobilité adopté en 2020. Les mailles déjà mises en place continuent de fonctionner. Cependant, le déploiement des nouvelles mailles et les ajustements basés sur les retours citoyens nécessitent des décisions gouvernementales. En affaires courantes, seuls les ajustements mineurs sont possibles.

Au conclave de formation (10 février 2026), le MR et Les Engagés ont annoncé leur intention de mettre fin au plan Good Move sous sa forme actuelle. La mesure est contestée par Groen, qui défend le plan. Le site anti-Good Move lancé par le MR (7 février 2026) illustre la polarisation politique autour du sujet. L'avenir de Good Move dépend directement de l'issue des négociations de formation.

Ce qui continue de fonctionner

  • STIB : les opérations quotidiennes (bus, tram, métro) continuent normalement sous le contrat de gestion 2024-2028. Les tarifs ont augmenté de 1,23 % au 1er février 2026 (ticket : 2,40 €, abonnement annuel : 560 €)
  • Villo : service de vélos partagés sous concession existante, mais la concession expire en septembre 2026 sans successeur identifié. Le remplacement du système nécessite une décision gouvernementale
  • Jump/Lime : les services de trottinettes et vélos électriques sous concession
  • Maintenance routière courante : nids-de-poule, signalisation, feux de circulation
  • Travaux déjà approuvés : les chantiers lancés avant juin 2024 se poursuivent

LEZ — Zone de basses émissions

La zone de basses émissions (LEZ) de Bruxelles impose des amendes de 350 EUR aux véhicules non conformes. Ce montant est contesté par plusieurs partis au conclave : une réduction du montant est proposée, tout en maintenant le principe de la zone. Le Conseil d'État doit rendre un avis fin février 2026 sur la légalité du barème actuel.

Congestion routière : les données TomTom 2025

Selon le TomTom Traffic Index (15e édition, données 2025), un trajet de 10 km à Bruxelles prend en moyenne 32 minutes 47 secondes, soit 21 secondes de plus qu'en 2024. Les automobilistes bruxellois perdent en moyenne 146 heures par an dans les embouteillages — 6 heures 23 minutes de plus qu'en 2024, et 42 heures de plus qu'en 2023.

Le niveau de congestion (temps additionnel par rapport au flux libre) s'établit à 46,2 % (+1,3 point). Aux heures de pointe du soir, ce chiffre atteint 90,5 %.

Changement de méthodologie

Le classement de Bruxelles varie fortement selon la métrique utilisée. Classée par temps de trajet absolu, Bruxelles figure au 15e rang mondial. Classée par pourcentage de congestion, elle recule au-delà du 60e rang européen. Cette différence s'explique par un triple changement dans l'édition 2025 : nouvelle définition des périmètres urbains (grilles hexagonales), passage du classement principal au pourcentage de congestion, et élargissement du panel à environ 500 villes.

Les comparaisons avec les classements des années précédentes (où Bruxelles figurait dans le « top 10 mondial ») doivent être interprétées avec prudence : elles ne reflètent pas une amélioration du trafic, mais un changement d'instrument de mesure.

La vitesse moyenne à Bruxelles reste la plus basse des villes belges (18,3 km/h), en partie liée à la zone 30 généralisée, à la densité du tissu urbain et au réseau de feux de signalisation.

Mobilité scolaire : les données PDS 2025

Les résultats du cycle triennal des Plans de Déplacements Scolaires (PDS), publiés le 19 février 2026 par Bruxelles Mobilité, montrent un recul de l'usage de la voiture pour les trajets scolaires :

  • Voiture (primaire) : 35,5 % → 32,4 % entre 2023 et 2025 (−3,1 points)
  • Modes actifs (marche, vélo, trottinette) : 43 % → 45 % (+2 points)
  • Vélo (élèves primaire) : 3,4 % en 2018 → 6,2 % en 2025 (quasi-doublement)
  • Vélo (personnel scolaire) : 5 % → 9,2 % (+84 %)

336 écoles sur ~850 disposent d'un PDS, couvrant plus de 100 000 élèves. Dans 83 % des écoles participantes, les trajets en voiture ont diminué depuis 2022.

Les obstacles signalés : surcharge des enseignants, rotation élevée du personnel, retards du soutien administratif, sentiment d'insécurité autour des périmètres scolaires.

Pourquoi c'est important

La mobilité est le domaine le plus visible pour les citoyens bruxellois au quotidien. Chaque jour de retard dans les projets d'infrastructure a un coût :

  • Coût économique (congestion, temps perdu)
  • Coût environnemental (retard dans la transition vers les transports publics)
  • Coût social (accessibilité des quartiers mal desservis)

Les données précises sur ces coûts sont difficiles à estimer car elles dépendent de modélisations complexes. BGM ne publie pas d'estimation chiffrée du coût économique de ces retards pour éviter toute spéculation non sourcée.

Climat

Des objectifs ambitieux, une trajectoire incertaine

La Région de Bruxelles-Capitale s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 47 % d'ici 2030 par rapport à 2005, dans le cadre du Plan Air-Climat-Énergie (PACE) adopté définitivement en mai 2023. Cet objectif, aligné sur le paquet européen « Fit for 55 », nécessite des investissements massifs dans la rénovation des bâtiments, la mobilité durable et la transition énergétique.

Depuis juin 2024, le gouvernement régional est en affaires courantes. Aucune nouvelle décision politique structurelle ne peut être prise. Le PACE continue sur sa lancée pour les programmes déjà approuvés, mais les nouvelles phases sont gelées.

Les primes Renolution sous pression

Le dispositif

Renolution est le guichet unique des primes à la rénovation et à l'énergie en Région bruxelloise. Il regroupe les anciennes primes énergie, rénovation et embellissement de façade. Le dispositif vise à accélérer la rénovation du parc immobilier bruxellois, dont plus de 70 % des bâtiments résidentiels datent d'avant 1970.

Ce qui est bloqué

En affaires courantes, les primes existantes continuent d'être traitées dans les limites du budget voté. Cependant :

  • Pas de revalorisation des montants des primes malgré l'inflation
  • Pas de nouveaux programmes ciblant les passoires énergétiques les plus critiques
  • Réduction de l'enveloppe disponible : les douzièmes provisoires ne permettent pas d'augmenter les montants alloués
  • Files d'attente allongées : les délais de traitement des dossiers ont augmenté faute de renforts administratifs

Le secteur de la construction, qui dépend fortement de ces primes pour la rénovation résidentielle, signale un ralentissement des projets de rénovation énergétique.

La crise des impayés Renolution

Fin 2025, l'arriéré de paiements Renolution atteignait 42,2 millions EUR — des primes approuvées mais non versées aux demandeurs, faute d'enveloppe budgétaire suffisante en douzièmes provisoires. Des milliers de ménages ayant engagé des travaux de rénovation sur la foi de la prime attendent leur remboursement depuis des mois.

Un collectif de demandeurs lésés, sous le nom « Renillusion », a annoncé une action en justice collective programmée pour le 1er juillet 2026 si les paiements ne sont pas régularisés. Cette crise sape la crédibilité du dispositif et freine les nouvelles demandes de rénovation.

Le Plan Air-Climat-Énergie (PACE) à l'arrêt

Les acquis

Le PACE, adopté en 2016, renforcé en 2019, puis révisé en mai 2023 avec un objectif rehaussé à -47 % (aligné « Fit for 55 »), a permis :

  • La mise en place du système de certificats PEB (Performance Énergétique des Bâtiments)
  • Le développement du réseau de chaleur
  • L'extension progressive de la zone de basses émissions (LEZ)
  • Le soutien à l'isolation des bâtiments publics

Ce qui nécessite un gouvernement de plein exercice

  • Nouvelles phases du PACE : l'évaluation et la révision du plan pour la période 2025-2030 nécessitent une décision gouvernementale
  • Objectifs contraignants par secteur : la répartition de l'effort entre bâtiments, transport et industrie n'a pas été actualisée
  • Financement de la transition : les enveloppes pluriannuelles ne peuvent être engagées en douzièmes provisoires
  • Coordination avec le fédéral : le Plan National Énergie-Climat (PNEC) exige des contributions régionales actualisées

La qualité de l'air : des progrès fragiles

La qualité de l'air à Bruxelles s'est améliorée ces dernières années, notamment grâce à la zone de basses émissions (LEZ) et au renouvellement du parc automobile. La concentration de PM2.5 a atteint 7,4 µg/m³ en moyenne annuelle en 2024 — un record bas historique et une baisse de 49 % depuis 2006. Toutefois, ce niveau reste supérieur à la recommandation de l'OMS (5 µg/m³) : la quasi-totalité de la population bruxelloise reste exposée à des niveaux dépassant cette norme.

Pour le NO2, la concentration aux stations de fond urbain avoisine 21 µg/m³ en 2025, contre environ 30 µg/m³ en 2019. La future limite européenne de 20 µg/m³ (applicable dès 2030) est désormais tout juste dépassée.

L'impact sanitaire

Malgré ces améliorations, la pollution de l'air cause encore plus de 930 décès prématurés par an dans la Région de Bruxelles-Capitale, soit environ 2,5 décès par jour. Cela représente plus de 10 % de la mortalité totale dans la Région. La cause principale reste le trafic routier (NO2 et particules fines).

Cependant, ces progrès reposent sur des mécanismes déjà en place. Depuis le 1er janvier 2026, les véhicules diesel Euro 5 sont interdits dans la LEZ, affectant environ 225 000 véhicules. Cette étape, décidée avant les élections, s'est appliquée automatiquement.

Sans nouvelles décisions :

  • Le calendrier ultérieur de la LEZ (diesel Euro 6 et essence Euro 3, prévus pour 2030-2035) ne peut être ni accéléré ni adapté
  • Les investissements dans les bornes de recharge électrique sur l'espace public stagnent
  • La reconversion des flottes de bus STIB vers l'électrique dépend de décisions budgétaires nouvelles

Ce qui continue de fonctionner

  • Bruxelles Environnement : suivi des émissions, monitoring de la qualité de l'air, délivrance des permis d'environnement
  • LEZ : la zone de basses émissions continue de s'appliquer selon le calendrier voté
  • Primes Renolution : traitement des demandes dans les limites budgétaires existantes
  • Réseau de monitoring IRCELINE : les stations de mesure continuent de fonctionner

Pourquoi c'est important

Le climat est le domaine où le temps perdu est le plus coûteux. Chaque année de retard dans la rénovation des bâtiments, la transition énergétique et l'adaptation aux vagues de chaleur urbaines creuse l'écart entre les engagements pris et la trajectoire réelle. Bruxelles, en tant qu'une des régions les plus denses d'Europe, est particulièrement vulnérable aux îlots de chaleur et à la pollution atmosphérique. Les programmes existants maintiennent un socle minimal, mais sans impulsion politique nouvelle, l'objectif 2030 s'éloigne chaque mois.