Climat : des objectifs sans moyens d'action
RetardéCe dossier a pris du retard par rapport à son calendrier officiel.
Les objectifs climatiques bruxellois (-40 % de CO2 d'ici 2030) restent sans moyens nouveaux. Les primes Renolution sont réduites, les nouvelles phases du Plan Air-Climat-Énergie (PACE) sont gelées, et aucun investissement structurel ne peut être décidé en affaires courantes.
Bruxelles a des objectifs pour le climat mais ne peut rien faire de nouveau. Les primes pour isoler les maisons sont réduites. Les plans climat sont en pause.
Ce que ça signifie concrètement
Les nouvelles phases du Plan Air-Climat-Énergie ne peuvent pas être lancées. Les primes Renolution sont réduites aux enveloppes existantes. La trajectoire vers l'objectif de -40 % de CO2 d'ici 2030 prend du retard faute de décisions nouvelles.
Chiffres clés
-47%vs 2005 (Fit for 55)
Objectif réduction CO2 2030
Diesel Euro 5 interditdepuis 01/01/2026 (~225 000 véhicules)
LEZ renforcée
42,2millions EUR impayés
Primes Renolution (arriéré)
Gelé
Plan Climat (nouvelles phases)
~21µg/m3 (limite UE 2030 : 20)
Qualité de l'air (NO2 fond urbain)
0projets lancés
Nouveaux investissements climat
Des objectifs ambitieux, une trajectoire incertaine
La Région de Bruxelles-Capitale s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 47 % d'ici 2030 par rapport à 2005, dans le cadre du Plan Air-Climat-Énergie (PACE) adopté définitivement en mai 2023. Cet objectif, aligné sur le paquet européen « Fit for 55 », nécessite des investissements massifs dans la rénovation des bâtiments, la mobilité durable et la transition énergétique.
Depuis juin 2024, le gouvernement régional est en affaires courantes. Aucune nouvelle décision politique structurelle ne peut être prise. Le PACE continue sur sa lancée pour les programmes déjà approuvés, mais les nouvelles phases sont gelées.
Les primes Renolution sous pression
Le dispositif
Renolution est le guichet unique des primes à la rénovation et à l'énergie en Région bruxelloise. Il regroupe les anciennes primes énergie, rénovation et embellissement de façade. Le dispositif vise à accélérer la rénovation du parc immobilier bruxellois, dont plus de 70 % des bâtiments résidentiels datent d'avant 1970.
Ce qui est bloqué
En affaires courantes, les primes existantes continuent d'être traitées dans les limites du budget voté. Cependant :
- Pas de revalorisation des montants des primes malgré l'inflation
- Pas de nouveaux programmes ciblant les passoires énergétiques les plus critiques
- Réduction de l'enveloppe disponible : les douzièmes provisoires ne permettent pas d'augmenter les montants alloués
- Files d'attente allongées : les délais de traitement des dossiers ont augmenté faute de renforts administratifs
Le secteur de la construction, qui dépend fortement de ces primes pour la rénovation résidentielle, signale un ralentissement des projets de rénovation énergétique.
La crise des impayés Renolution
Fin 2025, l'arriéré de paiements Renolution atteignait 42,2 millions EUR — des primes approuvées mais non versées aux demandeurs, faute d'enveloppe budgétaire suffisante en douzièmes provisoires. Des milliers de ménages ayant engagé des travaux de rénovation sur la foi de la prime attendent leur remboursement depuis des mois.
Un collectif de demandeurs lésés, sous le nom « Renillusion », a annoncé une action en justice collective programmée pour le 1er juillet 2026 si les paiements ne sont pas régularisés. Cette crise sape la crédibilité du dispositif et freine les nouvelles demandes de rénovation.
Le Plan Air-Climat-Énergie (PACE) à l'arrêt
Les acquis
Le PACE, adopté en 2016, renforcé en 2019, puis révisé en mai 2023 avec un objectif rehaussé à -47 % (aligné « Fit for 55 »), a permis :
- La mise en place du système de certificats PEB (Performance Énergétique des Bâtiments)
- Le développement du réseau de chaleur
- L'extension progressive de la zone de basses émissions (LEZ)
- Le soutien à l'isolation des bâtiments publics
Ce qui nécessite un gouvernement de plein exercice
- Nouvelles phases du PACE : l'évaluation et la révision du plan pour la période 2025-2030 nécessitent une décision gouvernementale
- Objectifs contraignants par secteur : la répartition de l'effort entre bâtiments, transport et industrie n'a pas été actualisée
- Financement de la transition : les enveloppes pluriannuelles ne peuvent être engagées en douzièmes provisoires
- Coordination avec le fédéral : le Plan National Énergie-Climat (PNEC) exige des contributions régionales actualisées
La qualité de l'air : des progrès fragiles
La qualité de l'air à Bruxelles s'est améliorée ces dernières années, notamment grâce à la zone de basses émissions (LEZ) et au renouvellement du parc automobile. Selon les données IRCELINE, la concentration de NO2 aux stations de fond urbain avoisine 21 µg/m3 en 2025, contre environ 30 µg/m3 en 2019 aux mêmes stations. La future limite européenne de 20 µg/m3 (applicable dès 2030) est désormais tout juste dépassée.
Cependant, ces progrès reposent sur des mécanismes déjà en place. Depuis le 1er janvier 2026, les véhicules diesel Euro 5 sont interdits dans la LEZ, affectant environ 225 000 véhicules. Cette étape, décidée avant les élections, s'est appliquée automatiquement.
Sans nouvelles décisions :
- Le calendrier ultérieur de la LEZ (diesel Euro 6 et essence Euro 3, prévus pour 2030-2035) ne peut être ni accéléré ni adapté
- Les investissements dans les bornes de recharge électrique sur l'espace public stagnent
- La reconversion des flottes de bus STIB vers l'électrique dépend de décisions budgétaires nouvelles
Ce qui continue de fonctionner
- Bruxelles Environnement : suivi des émissions, monitoring de la qualité de l'air, délivrance des permis d'environnement
- LEZ : la zone de basses émissions continue de s'appliquer selon le calendrier voté
- Primes Renolution : traitement des demandes dans les limites budgétaires existantes
- Réseau de monitoring IRCELINE : les stations de mesure continuent de fonctionner
Pourquoi c'est important
Le climat est le domaine où le temps perdu est le plus coûteux. Chaque année de retard dans la rénovation des bâtiments, la transition énergétique et l'adaptation aux vagues de chaleur urbaines creuse l'écart entre les engagements pris et la trajectoire réelle. Bruxelles, en tant qu'une des régions les plus denses d'Europe, est particulièrement vulnérable aux îlots de chaleur et à la pollution atmosphérique. Les programmes existants maintiennent un socle minimal, mais sans impulsion politique nouvelle, l'objectif 2030 s'éloigne chaque mois.
Sources
- Bruxelles Environnement — Plan Air-Climat-Énergie (PACE)(consulté le 7 février 2026)
- Bruxelles Environnement — Inventaire régional des émissions de gaz à effet de serre(consulté le 7 février 2026)
- IRCELINE — Qualité de l'air en Belgique — Rapports annuels(consulté le 7 février 2026)
- Bruxelles Environnement — Primes Renolution(consulté le 7 février 2026)
- IBSA — Bilan énergétique de la Région de Bruxelles-Capitale(consulté le 7 février 2026)
- Brupartners — Un an sans gouvernement : 10 mesures urgentes (juin 2025)(consulté le 7 février 2026)
- Parlement bruxellois — Site officiel(consulté le 7 février 2026)
Dernière mise à jour : 8 février 2026
Ce que BGM ne dit pas
Cette fiche ne dit pas que Bruxelles va manquer ses objectifs climatiques à cause de l'absence de gouvernement — elle documente que les mécanismes de décision nécessaires pour atteindre ces objectifs sont gelés. L'atteinte de l'objectif 2030 dépend de nombreux facteurs au-delà de la gouvernance régionale.
Pour aller plus loin
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